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De Gaulle et le référendum perdu

Le dernier livre de Arnaud Teyssier traite d'un sujet sue j'aborde un peu différemment dans mes mémoires à propos de mai 68, le voyage à Baden-Baden, le référendum :

 

« …concernant l’influence de l’Empire Américain sur ses vassaux européens, on peut évoquer ici Mai 68, sorte de petite révolution que connaît la France, alors qu’elle vit l’une des époques les plus fastes de son histoire, bien que sortant d’une épreuve particulièrement rude, la décolonisation, qui lui a fait perdre son empire colonial.  Ainsi, à la veille de Mai 68, la France est toujours une grande puissance qui rayonne toujours autant : elle dispose d’une force de frappe qui en fait l’une des quatre grandes puissances nucléaires ; elle est sortie de l’Otan se libérant ainsi de la tutelle américaine ; le chômage y est pratiquement nul ; la Caravelle est l’un des meilleurs moyens courriers ; le Concorde est à la veille de ses premiers essais ; le paquebot France est le plus beau des transatlantiques ; Malraux invente pratiquement le ministère de la culture et expose la Joconde aux Etats-Unis devant un public ébahi ; la planète entière connaît mieux Brigitte Bardot que les stars d’Hollywood, et ses films à l’exportation rapportent plus que la Régie Renault, ce qui lui a valu la Légion d’honneur des mains de De Gaulle lui-même…

 

Ainsi, tout va on ne peut mieux, et De Gaulle en profite pour s’opposer à la mise en place d’une Union européenne de mercantis apatrides, lui préférant une Europe des nations et, cerise sur le gâteau, il fait la leçon aux Américains avec sa contestation de la suprématie du dollar, lui préférant l’étalon or, contestation qu’il accompagne de ses discours de Phnom Penh, d’Amérique latine et de Monréal : vive le Québec libre ! Sous-entendu, libéré de la tutelle Américaine, comme lui-même s’en est libéré en sortant la France de l’Otan. Bref, le génie français brille plus que jamais dans tous les domaines, et l’on sait, qu’il n’en faut pas tant pour porter ombrage à l’Empire Américain.

 

C’est dans ce contexte que se développent les événements de Mai 68, mouvement contestataire déclenché par des étudiants parisiens, dont certains leaders profiteront de ce tremplin pour se tailler des carrières sur mesure, Cohn-Bendit en-tête… Quant aux intellectuels et assimilés, ils ont suivi tête baissée en hurlant avec les loups, préfigurant le gauchisme mondain à venir… L’un des rares a refuser catégoriquement son soutien sera Georges Brassens, qualifiant carrément mai 68 d’affaire de fils de bourgeois pressés de prendre la place de leurs parents pour faire pire qu’eux.

 

Révolution singulière par rapport aux autres, qui  trouvent généralement leur origine dans les difficulté des pays concernés, alors qu’ici, la France et les Français étaient mieux qu’ils ne l’ont jamais été… et révolution qui s’est faite pour l’essentiel à Paris, comme les précédentes, dont Chateaubriand disait : « les révolutions se font à Paris, les provinces moutonnières suivent, et selon ce que crépite le télégraphe, elles crient : Vive la République, ou Vive le Roi ! ».

 

Pour calmer le jeu, De Gaulle fera un saut d’hélicoptère jusqu’à Bande-Baden pour voir Massu, qui commandait là-bas les troupes françaises stationnées en Allemagne (et dont on se souvenait du rôle joué en Algérie...), de façon à faire prendre conscience à ceux qui tiraient les ficelles que ça pourrait mal se terminer, que Massu pourrait éventuellement venir ratisser le Quartier latin comme il avait ratissé La Casba…

 

Bref, une petite révolution de nantis qui la clôtureront sans savoir quel été l’enjeu réel… mais qui aura fait comprendre à De Gaulle que d’aucuns en avaient assez de ses actes d’indépendance (sortie de l’Otan, force de frappe), de ses interventions anti-américaines (discours de Montréal), et qu’il était temps de passer la main… Ce qu’il fera l’année suivante, au prétexte d’un référendum qu’il a organisé de façon à le perdre.

 

Résultat, De Gaulle que l’OAS n’a pas réussi à éliminer et qui tenait la dragée haute aux Américains, ce sont les étudiants de mai-68 qui lui auront montré la sortie, sans avoir à tirer un coup de fusil.

 

Et à partir de là, la France qui était à son apogée n’y restera que quelques années avant de décliner, et sa vassalisation à l’égard des Etats-Unis reprendra lentement mais sûrement, comme elle l’avait été depuis Yalta en 1945 et jusqu’à l’arrivée De Gaulle en 1958… ».

 

 Louis Esparza, MÉMOIRES CHOISIS, distribué par TheBookEdition, 386 pages, 18€.

 

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